[Chronique #160] Le soldat inconnu vivant, 1918-1942

Auteur : Jean-Yves Le Naour

Editeur : Fayard

Date de sortie : 22 août 2018

Nombre de pages : 224 pages

Prix :

  • Broché : 19,50 euros
  • Ebook : 13,99 euros

 

 

Résumé

 

Le 1er février 1918, un soldat amnésique est interné à l’asile psychiatrique du Rhône. Tous les moyens sont employés pour l’identifier et le rendre à sa famille. Son portrait s’étale à la une des journaux et est affiché sur les portes de toutes les mairies. Plusieurs centaines de familles reconnaissent en lui un père, un fils ou un frère disparu à la guerre. Comment départager ces familles qui n’arrivent pas à faire le deuil de leur proche disparu ? Une longue et douloureuse enquête débute. Elle dure tout l’entre-deux-guerres et s’achèvera sur un procès à rebondissements où s’opposent tous ceux et celles qui ont reconnu en l’amnésique un de leurs parents. Les contemporains sont fascinés par cet homme sans passé : Jean Anouilh s’empare du fait divers pour écrire son Voyageur sans bagage et la presse baptise rapidement l’amnésique « le soldat inconnu vivant ». Cette histoire singulière révèle en réalité une profonde souffrance née de la Grande Guerre, une douleur intime et collective : celle du deuil impossible à faire pour les familles des soldats disparus. Dans une société qui voudrait tant oublier et qui n’en finit pas de se souvenir, il n’y a pas plus de certitudes que de corps à pleurer.

 

Je remercie les éditions Fayard pour ce Service Presse effectué via le site NetGalley.

 

Mon avis

Le soldat inconnu vivant est un livre historique écrit par Jean-Yves Le Naour et publié par les éditions Fayard.

1918, un jeune soldat, revenu d’un camp de prisonniers allemands, erre sur les quais d’une gare en France. Il semble avoir tout oublié jusqu’à son nom. C’est pourquoi il se retrouve interné dans un asile psychiatrique, dans le Rhône. Sur place, le directeur de l’institut va se démener pour l’aider à retrouver son identité. Mais voilà, dans une France en souffrance à cause de la guerre, de nombreuses familles de “disparus” disent le reconnaître comme étant un membre de leur famille. Qui est-il vraiment ?

Dès les premières lignes, l’auteur nous plonge dans une France au lendemain de la Grande Guerre et de ses stigmates . Au fil de l’enquête pour connaître l’identité de l’inconnu, l’auteur met principalement en lumière les familles qui croient reconnaître en l’amnésique un frère, un fils ou un époux. Ainsi, on voit le parcours de ses familles venues des quatre coins de la France et même hors des frontières.

J’ai été saisi par la souffrance de toutes ces familles dont l’état avait annoncé la disparition d’un membre de leur famille. Ne pas savoir s’il est vivant, s’il est mort doit être horrible car un espoir reste. Même si j’ai été surprise par l’obstination et l’acharnement de certaines familles à vouloir reconnaître coûte que coûte à travers Anthelme Mangin un membre de leur famille et par là être dans le déni le plus complet, qu’ils refusent l’évidence même, ils restent des personnes en souffrance.

On s’aperçoit que l’auteur a réalisé un très gros travail de recherche. Outre le cas d’Anthelme Mangin, on peut voir que d’innombrables cas d’amnésiques ou de déments ont été recensés. Et ce phénomène a bien souvent été mis en lumière à travers la littérature ou le cinéma. Pourtant, ces malades sont totalement passés à la trappe dans l’Histoire, bien qu’ils soient eux aussi des victimes de la boucherie qu’a été la Première Guerre Mondiale. Même s’ils ne sont pas morts, même s’ils n’ont pas été mutilés, même s’ils ne sont pas des “gueules cassées”, cela signifie-t-il qu’ils sont moins victimes qu’eux ? N’ont-ils pas le droit d’avoir leur place parmi les héros sacrifiés pour la France ? C’est pourquoi le cas d’Anthelme Mangin est très intéressant, car ce dernier n’est pas resté un inconnu aliéné dans un hôpital psychiatrique, vu qu’il a subi une importante médiation au lendemain de la guerre, même si cela n’a pas empêché qu’il retombe dans un anonymat le plus complet.

Ce qui m’a le plus frappé à la lecture de cette histoire, de son histoire, c’est l’indifférence de son état. Même s’il se laisse faire, on remarque à quel point le fait d’être observé, manipuler l’agace profondément. Et bien souvent, je me suis demandé s’il ne faisait pas “exprès” d’être amnésique, pour justement qu’on ne le reconnaisse pas. Mais ça, ce n’est que mon point de vue personnel et mon ressenti suite à la lecture de ce livre.

Le soldat inconnu vivant reste un bel hommage à ces individus emporter dans l’horreur de la Première Guerre Mondiale. A travers l’histoire d’Anthelme Mangin, ce sont tous les autres, tous les autres inconnus rendus amnésiques ou déments qu’on nous raconte l’histoire. Tous ces inconnus, dont les noms ne sont pas gravés sur nos monuments aux morts, dont les noms sont retombés dans l’oubli de la mémoire collective. Ainsi, ce livre est l’histoire de tous ces oubliés, mais également celles des familles en deuil, des familles brisées. Une histoire sur les hommes, tout simplement.

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